Rapport de la SFO 2026 : entretien avec Isabelle Audo
Le 11 mai dernier, lors du 132eme congrès de la société française d’ophtalmologie (SFO), le rapport de la SFO 2026 intitulé « Des gènes aux traitements : maladies génétiques de la rétine et du nerf optique » a été présenté. L’une des coordinatrices, la professeure Isabelle Audo, médecin-chercheur à l’Institut de la Vision et à l’Hôpital des Quinze-Vingts, accepte de revenir sur ce rapport, ce qu’il représente pour elle et pour sa communauté.
Qu’est-ce que le rapport de la SFO ?
Depuis 1891, la Société Française d'Ophtalmologie publie chaque année un rapport de synthèse des savoirs clinique et scientifique sur un sujet particulier de l’ophtalmologie. Ce sujet est proposé en amont par le comité d'administration de la SFO, qui désigne un ou plusieurs rapporteurs, et est ensuite voté par les membres de la SFO. Les rapporteurs sont chargés de définir les grands axes à développer autour du thème sélectionné et de fédérer un travail collaboratif de rédaction en sollicitant la participation des experts francophones du domaine. Il s’agit ainsi d’un travail approfondi de longue haleine pour délivrer un ouvrage de référence qui synthétisent l’état des connaissances et des pratiques sur le sujet sélectionné.
Vous avez coordonné le rapport 2026, comment a-t-il été réalisé ?
Le rapport traite des maladies génétiques rares de la rétine et du nerf optique, de la physiopathologie aux perspectives thérapeutiques. Le sujet a été choisi en 2022 par la SFO. Le travail s‘est déroulé sur quatre ans. Il nous a été demandé de coordonner sa réalisation avec les professeurs José-Alain Sahel et Hélène Dollfus. Nous avons tout d’abord affiné le sujet, déterminé le plan et partagé le travail avec d’autres collaborateurs pour désigner des responsables de section qui ont fait appel à différents spécialistes pour couvrir le vaste sujet des gènes à la thérapie. Nous avons ensuite recueilli au fur et à mesure les écrits qui composent les sections et relus chaque chapitre en profondeur. Nous tenions à ce que tous les acteurs de la filière maladie rare, du chercheur au clinicien, puissent contribuer à cet ouvrage majeur. Au final, plus d’une centaine d’auteurs ont participé à la rédaction dont une vingtaine de chercheurs de l’Institut de la Vision.
À qui s’adresse ce rapport ?
Le public cible est celui des professionnels de la vision et entre autres les membres de la SFO c’est-à-dire l'ophtalmologiste de ville, l'ophtalmologiste hospitalier, l'interne en ophtalmologie, les chefs de cliniques et les autres acteurs de la filière visuelle. Le sujet étant axé sur les maladies neuro-rétiniennes d’origine génétique, le public intéressé est dans le cas du rapport SFO 2026 plus large comme les généticiens, les conseillères en génétique, les chercheurs ou les étudiants scientifiques.
Sous quel format peut-on le trouver ?
Sa rédaction et sa publication ont été réalisés en collaboration avec la maison d’édition Elsevier, comme tous les rapports de la SFO de ces dernières décennies, sous la forme d’un livre. Une version en ligne est aussi disponible sur le site de la SFO pour ses membres. De plus, une application est en cours d’élaboration à destination des professionnels. Elle donnera un accès rapide aux points essentiels pour aider au diagnostic et à la prise en charge. Un ophtalmologue qui repère des altérations spécifiques au fond de l’œil d’un patient pourra par exemple avoir facilement des arguments pour un éventuel diagnostic de dystrophie rétinienne génétique.
Que représente ce rapport pour vous ?
Coordonner un rapport de cette envergure et de façon collaborative est assez unique dans une carrière. Ce fut un honneur de mettre en avant toute l’expertise accumulée en France, y compris dans notre bel institut de recherche, et dans le monde francophone sur un sujet aussi passionnant, aux côtés de la professeure Hélène Dollfus et de mon mentor, le professeur José-Alain Sahel. De plus, la rédaction du rapport est couronnée par sa présentation formelle devant toute la communauté de la SFO le dernier jour de son congrès annuel. Il s’agissait de l’aboutissement d’un travail collectif, porté par la passion de chacun. En raison du temps compté, tous les chapitres non pas été abordés. Les points forts avaient été sélectionnés pour sensibiliser à la complexité des pathologies génétiques et, surtout, pour donner de l’espoir en ouvrant sur les innovations thérapeutiques. Par l’intervention de l’ancienne présidente de l’association de patients Retina International au côté du professeur José-Alain Sahel, nous avons souhaité donner le dernier mot, de façon symbolique, à nos patients. Tous les efforts consacrés à ce rapport mais aussi l’orientation de tout notre travail de chercheurs et de médecins, finalement, ont pour seul objectif d’améliorer leur quotidien.
Retrouvez le Rapport de la SFO 2026 : ICI
