Filippo Del Bene, nouveau président de l'IZFS
Le mois dernier Filippo Del Bene, chef d’équipe à l’Institut de la Vision, a été élu président de l’International Zebrafish Society (IZFS). A cette occasion nous vous proposons de découvrir son parcours, la recherche qui le passionne et ses engagements.
« Cette nomination est un honneur. Ça me rappelle quand j’étais jeune doctorant et que je me retrouvais dans ces grandes conférences où tout le monde était passionné de poisson-zèbre. Certains chercheurs plus âgés étaient mes héros et je voyais le président de l’association comme un scientifique accompli. Aujourd’hui je me retrouve à cette place. Je suis fier d’être à la direction d’une association avec laquelle j’ai évoluée » déclare avec enthousiasme Filippo Del Bene après son élection.
L’International Zebrafish Society est la plus grande association réunissant les chercheurs qui étudient le poisson-zèbre. Sa mission est de fédérer la communauté et de soutenir les jeunes chercheurs via des échanges et des formations. Elle intervient également lorsqu’il est nécessaire de faire évoluer les règlementations qui concernent l’expérimentation animale, encourageant l’utilisation du modèle poisson. « Aujourd’hui, le poisson-zèbre est sans aucun doute le deuxième modèle animal le plus utilisé après la souris. » précise Filippo « Au sein de notre communauté nous utilisons le poisson-zèbre comme modèle principal, mais il y a également d’autres espèces de poissons utilisées pour des avantages spécifiques. » En effet, le poisson-zèbre est un organisme modèle qui, en plus d’être transparent, est bien caractérisé génétiquement et, en tant que vertébré, présente des similitudes génétiques avec l’humain.
« J’ai toujours travaillé sur l’œil avec les poissons-zèbres »
Après des études en biotechnologie industrielle à l’université de Bologne en Italie, Filippo a commencé à travailler sur les poissons-zèbres et les mandakas (un autre petit poisson d’eau douce) il y a 26 ans, pendant sa thèse au Laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL) en Allemagne. Il s’est intéressé à leur développement embryonnaire, notamment à la différentiation des yeux et au rôle du facteur de transcription Six3 sur la formation du champ oculaire. En postdoctorat, il a ensuite continué à explorer le développement et la fonction du système visuel à l’Université de Californie à San Francisco, aux Etats-Unis. En étudiant les circuits neuronaux reliés à l’œil et à la vision, il a découvert qu’un groupe de neurone permettait au poisson de faire la distinction entre les grands et les petits objets, pour lui conférer la capaciter se concentrer sur les petites proies au moment de la chasse. Il est ensuite arrivé à Paris, en 2010, où il a créé sa propre équipe à l’Institut Curie. « En 2019, en tant que directeur de recherche Inserm, j’ai rejoint l’Institut de la Vision car je souhaitais mener mes recherches dans un environnement où les neurosciences occupaient une place centrale. » raconte Filippo.
Comprendre le système neuronal, des poissons au nôtre
À l’Institut de la Vision, Filippo Del Bene cherche à comprendre le fonctionnement des neurones et des circuits neuronaux chez les vertébrés. Son équipe s’intéresse aux mécanismes qui assurent l’homéostasie neuronale, de la naissance à la mort de l’animal, ainsi qu’à la manière dont les ensembles neuronaux façonnent l’information visuelle, afin d’apporter des réponses à des questions telles que : comment le poisson perçoit et interprète le monde qui l’entoure ? quels sont les stimulus neuronaux lors des épisodes de chasse ou d’évitement des prédateurs ? Ils travaillent également sur la différentiation et la régulation des cellules souches rétiniennes des yeux de poisson et développent des technologies comme la mise au point d’outils CRISPR pour modifier le génome des poissons. « C'est important pour nos travaux, mais aussi pour des projets plus orientés recherche translationnelle, où nous essayons de reproduire des mutations présentes dans certaines maladies humaines pour créer des modèles précis de ces maladies chez les poissons » explique le chercheur. Son équipe collabore ainsi avec le département de génétique de l’institut dirigé par Christina Zeitz pour investiguer des gènes candidats à certaines maladies... « mais aussi avec l'équipe de Valentina Emiliani pour l’optogénétique et à la microscopie, ainsi qu’avec l'équipe d'Alain Chédotal pour l'étude des neurones commissuraux et comment ils régulent le fonctionnement des circuits visuels. » indique Filippo.
Parmi ses collaborations avec Alain Chédotal, l’une d’elles a donné naissance à un des résultats qui a le plus marqué Filippo : ils ont réussi à montrer que la connexion bilatérale des yeux à chacun des hémisphères du cerveaux n’est pas une évolution propre aux mammifères. Il y a plusieurs centaines de millions d’années, l’ancêtre commun aux poissons et aux humains possédaient cette double connexion mais les poissons l’ont perdue au fil du temps, ne présentant plus que des connexions totalement croisées, dites controlatérales : l’œil droit uniquement connecté à l’hémisphère gauche et inversement. « C’est vraiment fascinant car on a tendance à voir l’évolution comme une échelle progressive ou encore comme celle d’un Pokémon. On ne peut pas dire que les humains sont plus évolués que la souris ou le poisson : ils ont tous évolué en s’adaptant à l’environnement dans lequel ils vivent. L’évolution est un arbre ramifié. A un certain moment, [l’humain et les poissons] avaient un ancêtre commun et il est possible de remonter à ses caractéristiques en se basant sur celles qui subsistent dans les différentes branches. »
Un président ambitieux et engagé
Élu pour trois ans, Filippo Del Bene aura la charge d’approuver le budget de l’association et de coordonner l’organisation des évènements. Comme objectif personnel, il souhaite entamer des discussions avec les autres associations consacrées au poisson-zèbre pour proposer des initiatives communes et coordonnées, et pour renforcer la cohésion de la communauté des chercheurs travaillant sur le poisson-zèbre. « Les évènements, les congrès et les cotisations sont démultipliés. Il vaut mieux d’une seule voix, plus forte : cela sera bénéfique pour tout le monde. » Cette vision de la communauté scientifique des poissons zèbres est dans la continuité de ses engagements pour la diffusion du savoir en édition de génome. En janvier dernier, le chercheur s’était envolé en Afrique du Sud avec Karine Duroure, ingénieure d’études dans son équipe à l’Institut de la Vision, pour former chercheurs et étudiants à leurs méthodes d’édition génomique. Son ambition est de diffuser au plus grand nombre le modèle du poisson-zèbre, de développer les compétences locales des chercheurs pour exploiter au maximum le potentiel thérapeutique qu’il recèle.

